Descriptions de la virilité: Philippe Viannay

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Note de l’éditeur: Il est difficile de décrire la virilité de manière isolée - c’est-à-dire en dehors des hommes de chair et de sang qui l’incarnent. C’est quelque chose que vous reconnaissez et ressentez instinctivement lorsque vous le rencontrez chez un autre. En tant que tel, l’une des meilleures façons dont je suis parvenu à comprendre la virilité est à travers les descriptions que les hommes ont données d’autres hommes qu’ils admiraient. Je les rencontre parfois dans les livres que je lis et les trouve très émouvants et évocateurs. Plus que toute analyse directe de la virilité, ces clichés indirects me rappellent le genre d'homme que je souhaite être. Alors je partagerai mon préféré «Descriptions de la virilité» de temps en temps dans l'espoir qu'ils auront un effet similaire sur vous.

La description suivante est exprimée par Jacques Lusseyran - le chef aveugle et adolescent d'un groupe de résistance français pendant la Seconde Guerre mondiale - dans son livre incontournable, Et il y avait de la lumière. Jacques décrit la première fois que lui et son compatriote, Georges, ont rencontré Philippe Viannay, officier de char de l’armée et étudiant universitaire, pour discuter d’une collaboration entre les organisations de résistance respectives des deux dirigeants. Viannay, 26 ans, était le fondateur et rédacteur en chef de Défense de la France, Le plus grand journal clandestin de France avec un tirage de près d’un demi-million.


La résistance les combattants craignaient constamment de s'allier avec quelqu'un qui se révélerait être un traître. Mais Jacques - dont les autres sens s'étaient intensifiés après avoir été aveuglé dans son enfance et réputé pour sa capacité à lire les autres et à déterminer s'ils étaient amis ou ennemis - sut immédiatement que Philippe était un homme auquel il fallait faire confiance et suivre avec dévouement.

Le 31 janvier vers dix heures du matin, Paris grelottait dans le froid alors que le soleil brillait - c’est ainsi que les détails peuvent s’imprimer clairement dans la mémoire - Georges et moi attendions Philippe. Je dois admettre que nous n'avions pas grand espoir de cet événement. Avec toute la bénédiction de Robert, nous étions sur nos gardes, tous les cheveux hérissés. «S'il vous plaît, me dit Georges, si cet individu ne vous plaît pas, donnez-moi une sorte de signe pour me taire. Pour les officiers, j'ai une faiblesse. Et s'il est officier dans l'armée régulière, je risque de perdre mes repères.


Ce n'est pas un officier professionnel qui a franchi la porte, mais une grande carcasse d'homme. Plus de six pieds de haut, large dans la poitrine, avec des bras forts et des mains puissantes, un pas rapide et lourd, le sentiment de protection fraternelle émanait de sa personne. De plus, il avait une voix chaleureuse mais pas très résonnante, une voix qui se rapprochait immédiatement de vous, qui vous pénétrait parce qu'elle était si convaincante.



Je le décris mal. Ce n'était pas un homme que j'approchais, mais une force. Il n'était pas nécessaire de vous dire qu'il était un leader. Il pouvait se débrouiller comme il l'entendait, s'étaler dans tous les fauteuils de la pièce, remonter son pantalon et se gratter la jambe, être inintelligible à cause d'une pipe qui crépitait qui l'empêchait de parler, passait ses mains dans ses cheveux, poser des questions sans tact et se contredire. Au cours des dix premières minutes de notre réunion, il avait fait toutes ces choses à plusieurs reprises, mais d’une manière ou d’une autre, cela ne vous dérangeait pas.


Sa venue a placé un manteau d'autorité sur vos épaules. Le bien-être que vous ressentiez dans ses plis enveloppants était quelque chose que vous ne pouviez pas contenir. Son autorité n'était pas fausse et certainement pas calculée. Au lieu de cela, c'était comme le sort jeté par certaines femmes dès qu'elles s'approchent de vous. Vous avez été séduit, vous étiez presque paralysé, du moins au début. Pendant la première demi-heure, Georges et moi aurions été physiquement incapables d'exprimer la moindre objection.

J'ai regardé ce diable désinvolte et tempétueux devant moi, et je me suis demandé quel genre de monstre nous avions tiré de son antre. Mais ce n'était pas bon mon appel sur toute la présence d'esprit et toute la méfiance qui m'était restée, je ne pouvais pas réussir à être dérangé. Ils disent que la force enchante. Le magnétisme de cet homme était sa force.


Il semblait avoir des mines d'énergie infinies. Il respirait le sentiment, le but et les idées. C'était un vrai phénomène. Secouant sa crinière de cheveux, étirant ses bras comme s'il était paresseux, puis venant soudainement au garde-à-vous, il était à la fois grand et bon, doux, bavard, secret, précis comme horloger et vague comme professeur distrait. Les confidences et les généralisations dénuées de sens étaient toutes mélangées dans son discours.

Depuis qu'il a commencé une heure auparavant, nous avions appris qu'il était marié et amoureux de sa femme, que sa femme attendait un enfant et qu'il adorait l'enfant avant même qu'il ne naisse. Dans le même souffle, il avait parlé plusieurs fois de saint Augustin, d'Empédocle, de Bergson, de Pascal, du maréchal Pétain, de Louis XVI et de Clemenceau. Je peux en témoigner, car je l'avais entendu de mes propres oreilles. Je ne pourrais pas vous dire à quelle fête ils ont joué dans la conversation, mais ils en faisaient tout de même. Comme je l'ai dit, Philippe était phénoménal.


En une heure, il avait exprimé ce que la plupart des gens ne vous diraient jamais de leur vie. Pendant que vous écoutiez, il semblait qu'il ne restait rien de ce qui serait difficile à faire, même dans le Paris de janvier 1943. Il a jeté sur place des solutions à des problèmes insolubles. Il les prit par les cheveux de la tête, les secoua devant son grand visage, les regarda droit dans les yeux et éclata de rire. Quand ils ont eu ce genre de traitement, les problèmes insolubles ne sont tout simplement pas revenus.

D'ailleurs, Philippe avait une bonne façon de le dire: «Dans certaines circonstances, rien n'est plus facile que d'être un héros. C'est même trop facile, ce qui pose un affreux problème moral. Et puis il a recommencé à citer saint Augustin, Pascal et Sainte Françoise Xavier.


Comme vous l'avez peut-être deviné, j'étais abasourdi, en d'autres termes j'étais heureux. Ce n’était pas le bonheur de l’amour, mais pour autant le bonheur: le mien et celui de Georges (même s’il n’avait pas ouvert la bouche, je savais qu’il était aussi captivé que moi), et le dernier de tout le bonheur de Philippe. Déjà il semblait bien nous connaître bien qu'il nous eût à peine entendu parler. Il s'est confié pleinement, nous a dit à quel point nous lui faisions du bien, nous a emmenés sur sa selle et n'a jamais cessé de parler.

Il a dit qu'il était heureux d'être dans la Résistance comme nous étions et avec nous. Pour lui, ce dernier point n'était qu'un détail, et il l'avait déjà réglé. Je vous ai peut-être donné la fausse impression que Philippe était voluptueux, ou que Georges et moi étions, en le suivant à un tel rythme. Rien n'aurait pu être plus loin de la vérité. À l'époque où chaque réunion était une question de vie ou de mort, les relations entre les gens étaient plus claires qu'elles ne le sont aujourd'hui. Soit on était sur ses gardes, soit on s'est donné. Il n'y avait pas de troisième choix et il fallait choisir rapidement. Disons plus loin que Philippe nous avait mis toute la main. «Je vais tout faire», dit-il. 'Si cela ne fonctionne pas, vous ne me reverrez plus'…

Sans plus de précautions, je me tournai vers Georges, le regardai attentivement et l'entendis dire à voix basse: «Vas-y. Puis, à Philippe, j'ai dit que les plans pour notre collaboration dans la Résistance étaient devenus clairs.